Trente années d’analyse, consumées, assumées peu à peu, dans des bureaux d’analyste comme dans les lieux de la folie,..






Marc RUELLAN
PSYCHANALYSTE
7, rue de la Santé
75013 PARIS
Tél : 01.45.87.18.93
 

Lecture

Plus tard, cet entendeur qui permet l’abandon de la plainte s’oriente au scintillement des étoiles du désir. Il peut lire, ignorées du chemineau, les constellations qui font tourner son ciel et l’invitent à partir, Croix du Sud au nord de la planète et Petite Ourse au sud. À lire sous le zodiaque des pulsions enivrées ou falotes : la pulsion repoussée, le mouvement interdit, la douleur muette, la révolte insondable. Lire aussi : l’impuissance à savoir l’acte qui initie la route et le terme où elle mène ; lire encore ce refus qu’est la fuite en avant, la perte du chemin dans une agitation brouillonne qui tente de sauter les abîmes où stagne une douleur refusée et fascinante.

Pour éviter l’arrêt aussi impossible qu’un mouvement décisif et mortel, cette fuite cercle aussi autour du savoir supposé compétent, si souvent escompté pour épargner le doute comme la route, mais renouvelé, chemin faisant, des propres tâtonnements de notre chemineau. Incroyable mais pourtant nécessaire transfert de compétences. En soutenant son chemin de ce savoir prêté, l’entendeur lui rendra sa dignité avec sa motilité.

Temporalité nouvelle et provisoire d’un partage de responsabilités. Il faut lire maintenant les arrêts, les sursauts effrayés, les croisements oubliés, les fourvoiements confus, les choix obscurs comme traces de cheminements anciens. Avec l’autre qui écoute, il faut apprendre à lire.

La parole convoque à une lecture ! À son défaut, l’incarnation de la voix n’est plus qu’incantation, elle ne diffuse aucun signal lisible, à part l’humeur changeante et la sincérité offertes à bon marché sur l’étal des souhaits ; elle ne soutient rien du mouvement désirant, rien du tableau assumé des replis de la demande ; se déroulant sur un circuit fermé, elle se déroute elle-même ; elle vibre dans l’inconséquence sinon dans l’innocence, elle se protège dans sa propre déroute et tend à dérouter.

Mouvement de texte

Dans cette incarnation, la lecture du mouvement donne chair au désir, désir encore insu, texte en partie chiffré aussi longtemps et aussi loin que dure le désir de savoir de qui s’avance dans l’analyse, aussi longtemps et aussi loin que peut le suivre l’analyste. Et vient le temps de naître à ce texte nouveau, inscrit par la parole au lieu de l’Autre, lettre ancienne retrouvée dans le texte gravé sur la pierre du blason, différence assumée.

Naître au texte de sa propre parole, par la lecture d’un autre qui déchiffre, et ponctue, apporte la justesse du rythme des coupures. L’échange de la lecture, dans sa disparité, institue par ce rythme une temporalité, un début et une fin. Long cours de la parole, tumulte d’un fleuve qui roule ses eaux boueuses, faiblesse d’un filet d’eau qui se perd dans les sables, mouvance que contient la digue du silence barrant et refoulant force et motilité : se délivre en ce flux, et tinte, un signifiant énoncé en exergue des gésines du désir, émergé des abysses encore souillé d’alluvions, sauvé des eaux, porté par elles sur la fortune d’un berceau de parole,.

Avec la fin de la lecture partagée, au terme d’une navigation qui bravait les tempêtes et les calmes englués autant que la noirceur de cieux désastreux, dépassant les attentes et les découragements et aussi la révolte sur fond de lassitude et de méconnaissance, vient un commencement : un texte nouveau sorti de sa gangue. Lire ce nouveau texte ne conduit pas à la rupture vers une deuxième vie, à prononcer des vœux qui séparent du passé, à telle consécration qui isole du monde. D’être moulu dans la parole, il est incorporé. D’être incarné, il fait la paix et le désir de demain.

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